Curiosités
Voyez cette
page comme une sorte de petit
musée. Excusez par
avance la qualité variable des photos.
Les motos et les
moteurs, comme
beaucoup de projets, c’est aussi et avant tout des hommes -
parfois passionnés.
Les Boxers 4V
Voici
l’équipe qui a mise au
point le Boxer à 4 soupapes par cylindre - le R259 - et la
R1100 RS qui
aura été le premier membre de la famille des parties
cycles avec suspension
Télélever.
De gauche à
droite
(photo sans doute prise fin 1992 ou début 1993)
- Wolfgang
Dürheimer, responsable planification,
- Klaus-Volker
Gevert, responsable équipe design,
- Markus Poschner,
responsable design,
- Burkhals
Göschel, les autres l'appellent chef,
- Jürgen
Kurzhals, responsable section électronique et électrique,
- Christoph
Schauseberger, responsable équipe moteur,
- Richard
Kramhöller, responsable développement et
- Lothar
Scheungraber, responsable moteur.
Voici un prototype de
R1100 RS (une version 800 cm3). Notez les carburateurs,
l'unique disque de frein avant, le tube transversal de
l'échapppement, la longueur des tubes d'admission et surtout la
partie arrière avec ses
mini compartiments ainsi que les platines repose pieds directement
issus de la K1 (raison principale pour moi de
mettre cette photo ici :-).
Voici à quoi
ressemble une moto
instrumentée pour la mise au point de l’ABS II.
Voilà pourquoi les Béhèmes ont
toujours une certaine capacité d’emport : entre mise
au point et série,
les concepteurs ont oublié d’enlever les supports des
systèmes
d’acquisition :-).
"Comment? Ça
boudine les
fringues moto?"
La série K
Voici
l’équipe qui a mise au
point la série K, moteur (K589) et partie cycle.
Photo sans doute prise fin 1983 ou début 1984.
De gauche à
droite: Yvon, Moumousse, Marco, i4, Lemiaou et Sami, euh pardon, non,
je rêve tout haut, je voulais dire
- Stefan Pachernegg,
chef de projet,
- Josef
Fritzenwenger, bureau d'études (l'auteur du brevet fixant les
grandes lignes du groupe motopropulseur de la série K connu sous
l'appellation "Compact Drive System"),
- Günter Schier,
partie cycle,
- Martin Probst,
moteur (entre autre, papa de la culasse de la K1),
- Richard
Heydenreich, véhicule (ça veut rien dire ça
"véhicule", peut-être que c'était un branleur :-) et
- Klaus-Volker
Gevert, design (oui il est aussi sur la photo de l'autre équipe,
le retrouverez vous?).
Par rapport à
l’équipe
R1100 RS, notez la différence vestimentaire (qui en
dit long je pense), le nombre de machines et la brillance des regards.
Je donnerai beaucoup pour être
sur une photo similaire et un peu moins pour être sur celle de
l’équipe
R1100 RS.
Dans le passé
j’avais écrit sur
la
Liste de
petits articles sur certaines personnes et leurs réalisations.
Les
extraits afin de commenter certaines photos suivantes sont entre
guillemets et
en italique.
Pour retrouver les articles dans leur intégralité, allez
sur
http://www.axeo.fr/bmw/ et
taper un mot clé comme celui qui est souligné par exemple.
Franz Steidel
(1923-JUN02)
Au départ il s’agit simplement
d’un brave homme avec un peu plus d’essence dans le sang
que la moyenne. Il
travaillait en semaine au sein d’un atelier d’outillage (ce
ne sont pas les
gens qui fabriquent des pinces ou des marteaux chez Facom mais les
outils qui
servent aux réalisations de produits à
l’échelle industrielle comme par exemple
un moule pour l’injection de pièces plastiques ou
l’emboutissage.
Les fameux Boxers de course RS54 à
distribution par arbres
et couples coniques ont été officiellement construits
à 25 exemplaires. Lors du
retrait de la compétition, la fourniture de pièces de
rechange cessa également.
Il fallait avoir un bon carnet d’adresses et le bras très
long pour obtenir de
BMW la moindre pièce (en gros, un ponte devait demander à
titre personnel qu’on
lui refabrique une culasse, un vilebrequin ou un bloc hors des
tâches
principales de tel ou tel atelier d’essai ou de prototypage). De
fil en aiguille,
il arriva que Steidel entra dans ce carnet d’adresse : une
petite pièce
par ci, une petite pièce par là. La qualité du
travail et son enthousiasme
(« Ouais, ramène ton tas de ferraille par ici et on
verra c’qu’on peut
faire ! ») lui fournirent une bonne petite
réputation dans le Landerneau
et avant qu’il ait le temps de s’en rendre compte, il
chapeauta de ses bons
soins principalement une équipe de course en side car. Il faut
dire que le
Boxer Béhème allait encore tout gagner pendant une bonne
dizaine d’années dans
cette catégorie.
Voilà le RS54 de base ou avec
quelques
légères évolutions
"à la Steidel".
En
allemand, E = Einlaß
(admission) et A = Auslaß (échappement)
Notez
les culbuteurs avec
rouleau et le double
allumage
"Bah, z'est rien du
tout za, dreize betits engrénages et pignones" (Franz :-)
L’anecdote est que Franz Steidel
était le chef de l’atelier de
formation des apprentis de son entreprise. J’ai vu en 2001 ce
genre d’atelier
dans une entreprise au Nord de l’Allemagne. Il y a 25
établis alignés comme des
bancs d’écoles et tout cela est entouré d’un
impressionnant parc
machines. [quand on voit à quoi on a réduit
l’apprentissage en France, sorte
d’antichambre juste avant le niveau clochard, on voit
l’approche fondamentale
totalement différente]. Bref nos petits arpètes à
Steidel ne limaient pas des
queues d’arondes pendant des heures mais faisaient un petit
support ou une vis
spéciale qui prenait place dans une distribution qui allait
gagner le dimanche
suivant : avouer que comme motivation et envie de bien travailler
c’est une
école absolument fabuleuse.
Et voilà le chef d’œuvre de
Franz Steidel. Il fallait prendre
encore plus de tours et avoir une distribution
« rigide » et
« fidèle » pour rester devant : deux
petits arbres à cames en
tête avec attaque directe de poussoir (prélevé sur
un moteur Alfa Roméo). Le tout
toujours commandé par arbre et couple conique. Une chaîne
transmet le
mouvement aux arbres à cames.
Notez le tendeur de
chaîne et les petits tuyaux
d’amenée d’huile car il avait aussi fallu
entièrement repenser la
lubrification.
Franchement
même sans rien n'y connaître, avouez que c’est
ABSOLUMENT MAGNIFIQUE ce truc! Au fait il a bien sûr gagné
des tonnes
de courses avec sa machine infernale. Je plains la concurrence.
Même au début
de l’ère 2 temps, l’attelage avait encore souvent
fini sur la plus haute marche du
podium grâce aussi à l’extraordinaire
fiabilité de ce moteur. Tout cela était
réalisé par Franz Steidel ou ses apprentis,
taillé dans la masse et souvent en dehors
des heures de travail. Il avait même réussi à se
faire couler quelques blocs de
rechange dans une fonderie au Canada.
Franz Pohn
"Il s’agit
d’un morceau de la vie de Franz Pohn, un Autrichien de 69 ans
à la retraite. Franz
aime passionnément les Boxers BMW et les Ducatis. On a connu de
pires vices, me
direz vous. Alors pour occuper ses journées - faut bien faire
quelque chose - Franz
bricole dans son atelier. Mais depuis que Franz est à la
retraite, le temps et
la passion aidant, Franz est devenu une sorte de Jean Nougier
(peut-être que de
fidèles lecteurs de La Vie de la Moto s’en souviennent).
Franz n’a pas de
formation technique, mais il ne faut pas toujours avoir fait les
Beaux-Arts
pour savoir dessiner. Alors on se lance. En toute modestie, Franz a
modifié le
moteur de sa R100 R. Par où commencer ? Par le bas. Il
a modifié le
carter (tunnel) moteur de manière à monter dans
l’axe des cylindres des arbres
avec couples coniques afin d’entraîner la distribution
(comme sur la Rennsport
de 1954). Mais comme tout cela n’est pas très harmonieux,
ses arbres ne sont pas
tout à fait parallèles aux cylindres. Les arbres
« descendent » vers
les culasses avec un angle de 3°. Du coup, le taillage des
engrenages coniques
(à 93°) a dû être une partie de plaisir, mais
l’article n’en parle pas, sauf à
exprimer qu’aucune pièce ne provient d’une autre
machine quelconque. Il est
assez têtu et orgueilleux, le Franz. Alors au bout des arbres de
distributions,
il y a … des arbres à cames, un par culasse. Chaque arbre
a quatre cames qui
commandent quatre soupapes. Diantre, le bougre a claqué quatre
soupapes dans une
culasse de Boxer deux soupapes comme du temps des kits Krauser ?
Euh, pas
tout à fait. Certes, il y a bien quatre soupapes, mais seul deux
cames s’occupent
de leurs levées. Ah bon, mais alors que font les deux
autres ?
Ben elles s’occupent
de la fermeture. OUI, le gouyou nous a pondu une distribution
desmodromique!
Forcément, il y a des culbuteurs et cela fait un total de douze
bras. Et puis,
il y aussi le double allumage. Cela commence à faire beaucoup de
monde. Du coup,
on comprend qu’il a dû se fabriquer ses propres culasses.
Comme il n’a pas de
fonderie, il en a au moins fabriqué les noyaux en bois (il
s’agit d’une copie
de la pièce brute à obtenir autour de laquelle on forme
un moule, puis on
retire la copie en bois et on garde le moule). Alors, il en a aussi
profité
pour changer le système de fixation de
l’échappement : adieu écrou à
ailettes qui grippe toujours à plus ou moins long terme. Pour le
cylindre,
idem. Modèle en bois et re-belote. A part les pièces de
fonderie, les engrenages
coniques, Franz a TOUT usiné (les bruts aussi) seul dans son
atelier à la
maison. Il a aussi fabriqué une machine qui lui permet de
tailler lui-même ses
cames, mais leur traitement thermique est confié à
l’extérieur (oui c’est pas
un as du diagramme fer-carbone, le Franz, chacun ses tares). Un jour au
cours d’une
concentre de vieilles bécanes (ah oui, je ne vous l’avais
pas dit ? La
bécane fonctionne sans problème depuis
14 000 km), un vieux monsieur
tourne longuement autour de sa PMW R100 R Desmoquattro (comme il
l’a baptisée,
le P vient de Pohn, on a sa fierté en Autriche). Puis il
félicite Franz pour
son travail, mais il lui dit qu’à son goût, il
aurait vu les culasses un peu
plus rondes, voire bombées. Il s’avéra que le
monsieur en question était un
certain Lachermeier, le mécanicien attitré de la
Rennsport citée plus haut. A
peine rentré, Franz redessina des culasses plus rondes. Mais il
est fou ce type !
Les photos ne montrent que la distribution sous les couvre-culasses car
Franz n’a
pas démonté son moteur pour les besoins de
l’interview (on le comprend).
D’origine,
il ne reste que les pistons, les bielles et le vilebrequin. Enfin, tout
ça pour
vous dire que le Franz, il lui a fallu six ans pour accomplir son
chef-d’œuvre et
que si j’étais un ingénieur du bureau
d’études de Munich, j’aurais les grosses
boules. Comment ! ? Ben oui, le Franz, seul, pas pro pour un
sous,
retraité, il a monté une distribution desmodromique et
par arbre avec quatre
soupapes par cylindre plus deux bougies (placées
symétriquement alors qu’on en
est incapable en Bavière), le tout avec un arbre à cames
en tête sur un moteur
de la génération précédente, tout cela
aboutissant à un encombrement plus
réduit et plus fin que celui de sa propre R1100 S
actuelle ! En plus, son
moteur, il est beau. Chapeau Franz. Alors c’est vrai, il y a un
petit revers, c’est
que la distribution fait de plus en plus de bruit au fur et à
mesure que le moteur
monte en température. Soit. Mais on a tout de même
90 CV sans mise au
point autre que celle faite sur le papier. Pour la mise au point
pénible, il
faudrait un banc. Eh bien Franz est en train d’en construire un.
Ensuite il
compte voir ce qu’il peut faire avec le R259. Alors s’il y
a un bon Dieu, j’aimerai
qu’il prête vie à Franz suffisamment longtemps pour
qu’il puisse continuer à me
faire rêver avec ce que cette passion qui déplace des
montagnes arrive à faire
faire." (26DEC04)
Helmut
Dähne
"Je voulais vous
parler d’Helmut Dähne. D’aucun trouveront que je parle
souvent de personnages
d’Outre-Rhin, mais BMW n’est pas une marque
brésilienne et il est donc normal
que l’on retrouve beaucoup d’indigènes Teutons
autour des histoires de Boxers.
Helmut fut un pilote BMW dont je ne sais pas grand chose, mais il
paraît qu’il
a eu son petit succès dans les années 70 et 80. Helmut a
débuté comme arpète
chez BMW à Münich (ça aide pour les pièces
d’usines plus tard) et il a toujours
travaillé au département des essais. Aujourd’hui,
il dévoile quelques-uns des
trucs simples qu’il utilisait pour permettre à ses moteurs
Boxers de survivre à
des régimes permanents aux alentours de 8 000 tr/min.
Nous parlons
ici principalement du moteur de la série /5. Je vous rappelle
que ces moteurs
avait un arbre à cames placé sous le vilebrequin qui
commandait les soupapes
via de longues tiges et des culbuteurs. [...] Ensuite, il a
divisé les longues
tiges en deux tiges
courtes de longueur moitié moindre et séparées par
un petit cylindre en acier
trempé avec une empreinte sphérique concave à
chaque extrémité.
A
présent les petites tiges en aluminium étaient
suffisamment rigides pour ne
plus flamber. Il a même pu les alléger un peu davantage.
Les empreintes
sphériques du petit cylindre servaient à bien centrer les
tiges courtes dans
les tubes de tiges de culbuteurs (vous savez ces tuyaux brillants qui
vont par
paire sous les cylindres des vieux Boxers et dont l’embase pisse
souvent
l’huile). Pour bien centrer les courtes tiges, il fallait que le
petit cylindre
soit centré et guidé dans les tubes. Helmut s’est
donc (fait) fabriqué des
tubes en laiton (pour un meilleur contrôle des résistances
passives = moins de
frottement) avec une partie centrale servant au guidage du petit
cylindre. Le
problème c’est que ces tubes servaient aussi de
canalisations de retour d’huile
de la culasse vers le carter. Pour ne justement pas bloquer ce flux de
retour
d’huile, le petit cylindre fût pourvu de rainures
longitudinales (des
cannelures) ce qui permit aussi de l’alléger de
façon conséquente. Au final le
petit cylindre pesait 4 grammes. Et voilà le Boxer
déjà près à prendre ses
8 000 tr/min de façon permanente (du moins
côté distribution)." (26DEC04)
A gauche le fameux
petit cylindre en acier et à droite le poussoir qui vient
s'appuyer sur la came
MKM 1000
(1980)
L’histoire de
cette moto est
assez longue. Je reviendrai dessus plus tard. Ça vous forcera
à repasser. La
MKM 1000 c’est surtout un cadre, en treillis tubulaire
à la Ducati, d’une
rigidité extraordinaire. Pas moins de 16 m de tube et 56
morceaux d’un excellent acier.
Le tout repris avec des machines et des méthodes garantissant
une excellente
précision des pièces mobiles de la partie cycle les unes
par rapport aux
autres. Cela n’est possible à ce degré de
précision que sur de toutes petites
productions artisanales façon Bimota. Voyez l’usinage de
la colonne de
direction en positionnant le cadre grâce à
l’alésage de l’axe du bras
oscillant. Ce sont les deux paramètres les plus importants
d’une partie cycle.
Chaque dixième de millimètre gagner en précision
ici vous transforme la moto en
véritable rail qui file absolument droit et qui prend de
l’angle et des
trajectoires de façon quasi instinctive sans avoir à se
battre avec les
poignées.
Le reste des
accessoires sont des
pièces de série BMW. Devant la qualité de travail,
Mike Krauser (au fait :
oui oui c’est bien le monsieur de la bagagerie) reçu des
pièces directement de
l’usine, eu l’autorisation d’y mettre une
hélice et la distribution se fit de
manière semi officielle dans le réseau.
Devant une telle
partie cycle (et
la concurrence japonaise), les 70 CV du moteur étaient bien
insuffisants.
Krauser fit développer un kit de culasses à 4 soupapes
(ça ne vous rappelle
rien ?) qui fit bondir la puissance à 82 CV. Vu le
nombre
relativement faible de pièces produites, les culasses
n’atteignirent jamais le
degré de fiabilité d’un produit de grande
série.
Le jeu aux
soupapes se règle
par excentrique
Sous
certains angles,
la partie
de carénage derrière la roue avant est fort semblable
à celle de la K1.

Mike
Krauser, le
mécène qui fut à l'origine financière du
projet MKM 1000
Culasse
Romanelli 6V
Voici
une très
jolie culasse pour moteur Ducati. Cette pièce de fonderie
donnerait
sans doute des
cauchemars à n’importe quel responsable des
méthodes ou de production s’il
devait en faire quelques unes par jours pendant 4 ans.
L’admission est vraiment
verticale. Il y a 4 petites soupapes d’admission et deux
grandes d’échappement ainsi que deux
bougies. Oui il reste un peu de matière autour des trous. En
Bretagne on
appelle cela de la dentelle. Si on regarde
le sommet de la chambre, on
s’aperçoit qu’en fait cette culasse divise la
chambre en un semblant de deux
chambres individuelles 3V. La commande desmodromique a disparu pour
faire place à une distribution "classique". Aucune idée
de la puissance obtenue ou
de la fiabilité (mais vu que la courroie de distribution est
restée et qu'à présent en plus de l'inertie de 6
au lieu de 4 soupapes, il faut aussi vaincre la force de rappel de six
ressorts, nul doute que ladite courroie est bien contrainte; idem les
paliers).
Là aussi c’est presque de l’art, enfin pour les
provinciaux comme moi tout du
moins...



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